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De mes p'tites mains

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jeudi 17 octobre 2013

Portraits de Bibs

Depuis une grosse semaine ils bloquent leur usine pour se faire entendre de la direction du manufacturier. "Ils", ce sont les salariés de Michelin Joué-lès-Tours. Rencontre avec trois d'entre eux. 


Eric*, 54 ans dont 35 ans d'ancienneté à Michelin confie d'emblée qu'il ne dort plus. "La situation est compliquée, d'autant plus que les chefs nous persécutent" raconte-t-il. "Certains chefs vont jusqu'à insulter des salariés". Malgré la fatigue que cela entraine, il pense que le blocage est bénéfique : "De toute façon si on avait rien fait on aurait rien eu de plus". Au sujet de la négociation de vendredi il pense que la direction ne viendra pas (voir le point sur la situation en fin de billet). Si jamais c'était le cas où si jamais aucune avancée ne se faisait, le quinquagénaire annonce : "On a plus rien à perdre, moi c'est le chômage qui m'attend, alors on ira au bout".

Concernant le blocage il reconnait que "rester huit heures sur son lieu de travail sans rien faire c'est usant moralement. L'organisme humain n'assume plus". Un organisme fatigué, d'autant plus qu'Eric est travailleur handicapé, "Comme 12 % des salariés de l'usine et dans le plan de négociations, la direction n'en parle même pas. A plus de 50 ans, en étant handicapé, je ne vois pas ce que je pourrai faire". 

Je pleure tous les jours

Des mots teintés de colère envers la direction mais derrière lesquels on sent une fatigue morale qui touche peu à peu les salariés. "Plusieurs sont en dépression" confie Arnaud*. Ce jeune dans la vingtaine confie pleurer tous les jours car il pense à son enfant, né il y a quelques mois. "Je deviens irritable, je m'embrouille tous les jours avec ma femme. C'est dur pour les vies de famille, car on est en permanence sur les nerfs". Arnaud ne comprend pas la décision de Michelin. "Je trouve ça injuste, j'ai toujours fait mon boulot, je ne suis jamais arrivé en retard, j'ai fait tout ce qu'on m'a demandé et là ils nous traitent comme des moins que rien", raconte-t-il d'une voix apaisée mais dans laquelle se devine toute l'amertume qui anime les salariés. Une amertume qu'Arnaud ressent d'autant plus que son père, ancien Bib, a été victime du plan social de 2009.  Une désillusion familiale sur laquelle il souhaite dorénavant tirer un trait : "Pour moi Michelin c'est fini, je ne crois plus en cette entreprise. Je vais prendre la mobilité externe, mais par contre on va se battre pour partir avec le maximum, pour moi comme pour les collègues". Présent sur le piquet de grève il raconte : "Je serai mieux avec mon fils à la maison mais je suis là car il faut montrer à la direction que nous sommes déterminés. Et si demain cela se passe mal, il faudra encore durcir le mouvement, car si on débloque maintenant tout ce qu'on a fait n'aura servi à rien".

Au sujet de l'ambiance dans les ateliers, Arnaud n'hésite pas à parler de la solidarité entre grévistes. Il n'oublie pas non plus de parler des quelques salariés non grévistes : "Je ne les juge pas, ils ont leurs raisons : une famille à nourrir, une maison à payer. Je ne leur en veux pas, ce ne sont pas eux nos ennemis, même si certains ne les comprennent pas".

"C'est dur vis à vis des proches"

Des propos que confirme Flavien*, dans l'entreprise depuis début 2011. "L'ambiance entre les agents est très bonne, même avec ceux qui bossent. C'est agréable car il y a des écarts de génération qui ne se ressentent pas". Ce dernier nous raconte que la colère monte d'un cran chaque jour : " Pour l'instant, les syndicats canalisent la base, mais si demain les négociations n'avancent pas, la colère va être très forte". Pour lui aussi le blocage était une action nécessaire : "On les gène en bloquant le site, je crois qu'on les a surpris avec notre détermination". 

Comme ses deux collègues Flavien reconnait qu'il vit des moments éprouvants "C'est dur moralement, je suis fatigué car j'ai du mal à dormir. C'est dur aussi vis à vis des proches, car on ne peut pas leur offrir de réponses à leurs questions. Ils s'inquiètent et on ne peut pas les rassurer, ce qu'ils ne comprennent pas forcément". Un doute sur l'avenir qui se révèle être traumatisant pour Flavien qui avoue avoir peur de se retrouver au chômage, "la situation économique n'est pas terrible en ce moment et avec ma compagne on attend un enfant. Je ne sais pas ce que je vais accepter entre une mobilité interne ou externe". Pour le moment, Flavien est persuadé qu'il faut encore durcir le mouvement en organisant des actions coup de poing en dehors de l'usine, "c'est le seul moyen pour qu'enfin les médias nationaux s'intéressent un peu à nous" conclue-t-il.

* Les prénoms ont été modifiés pour respecter l'anonymat des salariés.

Le point sur la situation :


La direction a ajourné la réunion de négociations prévue demain vendredi. Elle justifie sa décision par la continuité du blocage de l'usine et par les dégradations qui auraient été commises dans la nuit de mercredi à jeudi. La direction par voie de presse annonce en effet que des vitres ont été brisées et que des coups de feux ont été tirés. Sur le site, aucune trace d'un quelconque bris de verre est à signaler. Pour le coup de feu, la police est intervenue sur place pour constater qu'il s'agissait d'un tir de paint-ball.

Les syndicats ont néanmoins décidé de faire un geste en décrétant au sens propre comme au figuré un "cessez le feu". Ils ont en effet éteint tous les feux de pneus allumés devant l'usine. Ils maintiennent par contre le blocage de l'usine et le lèveront à la condition que la direction fasse un geste d'apaisement demain à la réunion de négociations. Une réunion à laquelle ils se rendront malgré l'ajournement de la direction. "On ira et on attendra l'entreprise. Nous, on leur tend la main" a déclaré Olivier C. (délégué SUD).


5 commentaires

boucetta fatima 22:37:00

Bonsoir
soyez solidaires entre vous grévistes non grévistes l'union fait la force il ne faut pas lâcher Quand le gouvernement et dans ce cas la Michelin viole les droits du peuple,l'insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs» Article 35 déclaration des droits de l'homme. Cet article je veux l'appliquer pour le travail, on fait un tapage de la lycéenne Kosovare dans les médias nationaux et la fermeture de Joue à la trappe journalistes de poubelle qui parlent des faits à 2 balles. Je vous soutiens de tout cœur mettre les salaries plus bas que terre n'est plus supportable. Ces politiciens qui ont vendu leur âme au diable il faut les expédier au fond de l'enfer que le diable les emporte je termine par cette citation du poete Français Jean de Rotrou « L'offense négligée à la fin devient nôtre ; Qui souffre une licence en autorise une autre. »
Bon courage

dada vidov 09:03:00

Merci pour ce billet pour ne pas oublier qu'il y a des hommes et des femmes derrière cette fermeture...

Gwendoline

Moi , j'ai une grosse pensée pour le papa de mn conjoint qui est chef d'équipe.
Il ne dort presque plus car très inquiété de ce qui pourrait lui arriver mais aussi beaucoup pour l'avenir de ses gars ...
Il est en train de sombrer ...

Courage !

Matfanus 12:35:00

Merci à vous 3 pour vos commentaires. Parlons-en autour de nous, c'est la modeste aide qu'on peut leur apporter.

ranappi 15:23:00

Typically, all of us find too disappointed which our carte visa gets turned down after having a extensive as well as wearisome visa program course of action. And also at times, all of us have no idea of what next step to adopt after having a visa refusal, to be able to last but not least obtain essential visa.

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