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samedi 6 octobre 2012

retour sur les "977 noms retrouvés"

A l'occasion de l'exposition sur les 977 déportés juifs en Indre et Loire, je me suis rendu au péristyle de l'hôtel de ville de Tours.

L'exposition en elle même était volontairement sobre, composée de 977 feuilles blanches avec noms, prénoms, date, lieux de naissance et numéro de convois des déportés. Les feuilles descendant du plafond étaient suspendues à un fil, comme le furent les vies de ces enfants, femmes et hommes. Sobre mais efficace, car l'ensemble fait forte impression. En entrant dans la pièce on ne pouvait qu'être interpellé par cette marée blanche descendant du plafond, symbolisant l'ampleur des tragédies qui se sont jouées entre 1942 et 1944. Cette liste est celle des juifs arrêtés et déportés depuis la partie occupée de l'Indre et Loire vers les camps d'extermination.

Pour éclaircir l'exposition aux visiteurs, les membres de l'association de recherches et d'études historiques sur la Shoah en Val de Loire (AREHSVAL) étaient présents et expliquaient la démarche de leur travail de recherche. Une recherche entamée il y a dix ans. Ne partant de rien, ils ont effectué ainsi un travail de fourmi, scrutant les archives, trouvant les listes de recensement des juifs, les listes des convois de déportés... En recoupant leurs sources ils sont arrivés à cette liste de 977 noms, raflés dans la zone occupée de l'Indre et Loire entre 1942 et 1944. Sur ces 977 noms écrits en noir, quelques uns, 32 exactement, ressortaient du lot car écrits en rouge... ce sont les 32 à être revenus vivants des camps. Quelques taches rouges qui faisaient pâles figures au milieu de l'encre noir qui les entouraient.

 
J'ai donc pu discuter un peu avec les membres de l'AREHSVAL, à commencer par André Bellegarde, actuel président de l'association, Yvette Ferrand et Alain-André Berstein, les co-fondateurs de celle-ci.
Ce dernier m'a raconté comment enfant (il est né en 1940), il a pu échapper aux rafles grâce à une famille de petits paysans du Loir et Cher qui l'a caché chez elle [voir son livre ici]. Il m'a raconté également comment après la guerre, le silence a entouré cette période noire de leur existence y compris au sein du cercle familial. Un silence qu'il explique comme nécessaire afin de se reconstruire et de retrouver la force de vivre. Un silence qui va durer des années, puis des décennies jusqu'à ce fameux "retour du refoulé" orchestré dans les années 1980, en même temps que la recherche historique dépassait enfin le mythe de la France unie et résistante en s'intéressant aux responsabilités et la complicité active de Vichy avec l'Allemagne Nazie. 
 
Une situation qui ne fut pas sans me rappeler ce que j'avais déjà entendu de la part des rescapés du massacre de Maillé qui avaient vécu le même phénomène : Une longue période de silence suivi des décennies plus tard par un besoin de témoigner de ce qu'ils avaient vécu. Ce cycle mémoriel a d'ailleurs été très bien décrit par l'historien Henry Rousso dans son livre "Le Syndrome de Vichy" dans lequel il y décrit les différentes étapes du processus mémoriel de l'Occupation. L'historien indique notamment qu'après une phase d'amnésie, d'oubli, de refoulement et de deuil silencieux, est venue la phase d'une prise de conscience, un retour de mémoire qui se manifeste à partir de la fin des années 70.

Pour revenir aux 977, en complément de l’exposition, l'AREHSVAL a imprimé un petit fascicule de 20 pages détaillant l'histoire de la déportation en Indre et Loire. On y retrouve entre autre la chronologie des rafles, les lieux d'internement, l'histoire d'une famille déportée... Cette dernière fut d'ailleurs prise en exemple par Yvette Ferrand pour son discours de la cérémonie d'inauguration de l'exposition. Discours que l'on peut lire ici : Histoire de Pierre Dzialoszynski et des siens


A noter aussi que Polemix & la Voix Off a également consacré une émission intitulée La photo de Marianne, sur ce sujet. Émission que l'on peut écouter ici : La photo de Marianne

L'AREHSVAL va continuer son travail de recherche pour s'atteler maintenant aux déportés de la zone libre du département.

5 commentaires

Eric Caillé 11:50:00

Très bon billet. Beaucoup de sensibilité(s). J'y reviendrai.
Quand tu reviens sur la blogo, tu fais mal !

Matfanus 12:55:00

Merci.

Valérie

A lire également l'excellent Boris Cyrulnik, le pape de la résilience (dixit le nouvel obs) dans sa biographie "Sauve-toi, la vie t'appelle". Enfant, il a vu ses parents déportés et s'est échappé d'une mort certaine. Il y parle aussi de ce phénomène de silence d'après guerre et c'est très intéressant.

Valérie

http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20120925.OBS3481/les-lecons-de-vie-de-boris-cyrulnik.html

Matfanus 18:05:00

Merci je le note.

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