Comme un peu partout en France, la
Nouvelle République est un journal issu de la presse clandestine de la Seconde Guerre Mondiale, devenue officielle à la Libération. Auparavant, à Tours existaient deux grands quotidiens régionaux :
Tours-Soir et
La Dépêche du Centre. Le premier était imprimé
rue Etienne Pallu, tandis que le second appartenait aux
Imprimeries Arrault et Cie situées
rue de la Préfecture.
Lors de la débâcle de Juin 1940, les deux journaux cessèrent de publier.
La Dépêche du Centre avait ainsi suspendu sa parution le 16 Juin. Cependant, le commandement allemand, soucieux de contrôler la presse a dès les premiers jours d'occupation ordonné la réapparition des journaux. Ainsi,
La Dépêche du Centre est de nouveau publiée dès le 27 Juin 1940. Pour faire illusion sur un semblant de liberté de la presse, les allemands exigent par ailleurs que les titres gardent la même apparence qu'avant-guerre. A la tête des rédactions, sont placés des illustres collaborateurs voir collaborationnistes qui vont faire des deux grands quotidiens tourangeaux des organes de propagande au service du Reich, comme le montre le numéro de
La Dépêche du Centre daté du 23 Avril 1943 visible
sur ce lien.
Les deux journaux publieront jusqu'en Août 1944. Dans la nuit du 30 au 31 Août 1944, alors que les allemands quittent Tours, des résistants prennent possession des locaux de La Dépêche du Centre. Le journal (ainsi que Tours-Soir) est alors interdit sur arrêté préfectoral en application des décrets du Gouvernement provisoire.
Les locaux et le matériel de
La Dépêche du Centre sont alors attribués à la
Nouvelle République créée quelques mois plutôt sous l'impulsion de Jean Meunier et jusque-là journal clandestin sur Tours du groupe résistant
Libé-Nord. Une suite logique en quelque sorte puisque les deux premiers numéros clandestins de la NR furent discrètement imprimés sur les presses de
La Dépêche du Centre par des ouvriers-résistants y travaillant.
Tours-Soir est lui remplacé quelques mois plus tard par
Centre-Eclair. Ce journal disparaîtra quelques années plus tard.
Mais les
Imprimeries Arrault et Cie ne se sont pas contentées de
collaborer via leur journal, elles ont également multiplié les activités
au service du pouvoir comme l'impression des tracts officiels et des
appels à la population à l'instar de celui ci dessous :
Elles seront condamnées en 1949
pour collaboration. Tous les biens appartenant encore à l'entreprise seront alors dévolus à la Société Nationale des Entreprises de Presse (SNEP).
Encore un grand merci à
Azo et à
Eric pour les illustrations.
6 commentaires
Très intéressant.
Très très intéressant ! Je l'ai le premier numéro de la NR !
Bon billet Matfanus ! J'ai chiné le livre : LA NR ET VOUS, UNE HISTOIRE PARTAGÉE (1944-1994). On peut y lire page 19 : "Il restera à l'honneur de J. Meunier, P. Archambault, E. Bèche, M. Mallet et P. Racault d'avoir indemnisé les anciens propriétaires, et ce, en dépit de l'absence d'obligation légale... Ce rachat s'élève à 127 millions de l'époque... Pour donner une idée précise de l'importance de cette somme, il faut se souvenir que l'exemplaire NR, en 1954, se vendait 0,15 F...
Spoliation ? Non. Indemnisation ? Oui.
@Guillaume @anonyme : merci
@Eric : Merci du complément.
Il semble bien qu'un cousin de mon grand'père ait travaillé comme journaliste à La Dépêche du Centre. Je découvre votre excellent article qui me fait comprendre bien des choses. Dans les jours prochains, je me permettrai de reprendre contact avec vous afin de pouvoir éclaircir certains points. Encore merci pour votre travail, JMD
Merci à vous pour ce commentaire. N'hésitez pas à me contacter, si je peux vous aider ce sera avec plaisir.
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