Il y a des lieux qui dégagent une odeur, des bâtiments qui bien que désaffectés continuent de vivre et de transmettre leur passé. Il y a des lieux que l'on visite et où l'on sent une atmosphère étrange et fascinante à la fois. L'ancien Magasin Général des matières de Saint-Pierre des Corps est de ceux là. Fermé depuis 2006, il est devenu depuis, une vaste friche industrielle de 15 hectares. Quand on s'y balade, bien que désespérément vide et abimé par le temps, les pilleurs et autres, on imagine pourtant très bien ce lieu grouillant d'employés et de matériel en tout genre. On imagine également les conditions de travail, entre le bruit, la poussière, le froid l'hiver...
Avant de revenir sur l'histoire du Magasin Général, voici en guise d'introduction, un diaporama photos précédé du commentaire d'un ancien employé paru sur le blog du Monde "Les Epines Fortes" , consacré à Saint-Pierre-des-Corps. Une façon de commencer ce dossier par ceux qui peuvent le mieux en parler : les femmes et hommes qui ont fait vivre ces lieux du temps de sa splendeur.
Bien sûr, ce bâtiment évoque une prison avec son puits central de lumière.
Il y manque de chaque côté les cellules.
Il y en eu des cellules… approvisionnements.
Imaginez-vous à traîner un transpalette (manuelle) tout autour du 1er ou
2ème étage de cet immense magasin. De temps en temps, vous jetez un œil
vers le puits de lumière pour voir s’il y encore de la vie en bas parmi
les stocks de contre-plaqués ou de semelles de frein.
Les copains distributeurs et cariste « ramasse » la « route ». Il
prépare les expéditions pour Cannes La Bocca, Oullins, Bischheim, Vitry,
etc.
Sur les quais de chargement, hiver 84-85, il fait moins dix degrés toute
une semaine, les gars de la manut décident d’arrêter le chargement des
wagons, ils réclament des gants fourrés et des parkas qu’ils
obtiendront.
Dans cet immense bâtiment non chauffé, il fait très froid quand il fait
très froid dehors. Alors pour protéger les distributeurs ou les
manutentionnaires, la direction dans sa grande mansuétude distribue les
vieilles capotes d’occasion des contrôleurs. C’est bien bon pour des
« quincailliers » !
Dans cette « prison » nous étions 320 en 1981-82, nos prédécesseurs
furent jusqu’à 500 après la reconstruction du magasin détruit par les
bombardements.
Ensuite les effectifs chutèrent non pas » liée à la fermeture
inéluctable du site (devenu obsolète avec le temps) », mais en fonction
des variations de la politique d’approvisionnement de la SNCF.
Jusqu’en 81-82, la courbe des effectifs remonta car la SNCF fermait
d’autres magasins à Noisy-le-Sec, Villeneuve et centralisait aussi
certains articles en provenance d’autres établissements.
Elle créa en 1981 une gestion informatisée des stocks et quelques années
après elle décida de décentraliser les stocks dans les différents
ateliers du matériel de la SNCF et elle passa des marchés avec des
fournisseurs pour l’outillage et la visserie, et l’effectif chuta.
Mais la vie au Magasin Général, ce fut aussi la solidarité entre
travailleurs, les grèves, les débrayages alliant les employés des
bureaux, les magasiniers et les manutentionnaires. Ce fut aussi la grève
de 86-87 (il n’y avait pas que les roulants en grève) et celle de 1995
où les travailleurs d’OMNIMANU sous-traitant seront partie prenante.
Cette histoire est notre histoire, avec un petit h.
En décembre 87, le Magasin général cessa d’exister en tant
qu’établissement séparé. Il devint Secteur Approvisionnement de
l’atelier du matériel de St Pierre et nous, notre sort fut ensuite lié
aux ex-Cadoux.
En nov-déc 1995, nous tinrent notre place, toute notre place, dans la
grève pour le retrait du plan Juppé qui s’attaquait aux retraites et à
la Sécu.
Ensuite, la direction décida la fermeture du site et l’aménagement d’un
nouveau magasin dans le bâtiment A de l’atelier du matériel devenu EIMM,
Établissement Industriel du Maintenance du Matériel (11 rue des
ateliers).
En fin en 2004, le directeur du Matériel Martin décida de changer de
logiciel de gestion des stocks. A cette occasion il décida de louer une
plate-forme logistique à Moissy Cramayel qu’il confia à une entreprise
privée et dans laquelle le stockage de pièces détachées nécessaires à la
maintenance des matériels fut de nouveau centralisé. Il tournait le dos
au Magasin Général et au 110 travailleurs qui travaillaient encore aux
appros à ce moment-là.
Quant à la reconversion du bâtiment, figurez-vous que nous avions des idées.
Nous aurions bien vu au 2ème étage des logements (on a une belle vue de
là haut), accessibles en priorité aux anciens du Magasin Général (Et
c’est là que je finirai ma vie Comme d’autres gars l’ont finie).
Au 1er étage, il y a la place pour une piste d’athlétisme couverte, nous
l’avions testé, un bâtiment de 250 m de long et 50 de large !
Au rez-de-chaussée une patinoire, pas besoin de chauffer !
En 2006, nous n’avons pas dit au revoir au site car Radio Béton s’était bien gardé de nous inviter.
Avec Christelle, Eric et Dadavidov, nous nous sommes donc rendus sur place pour photographier ces lieux trop longtemps ignorés et méconnus par les tourangeaux. Après celles d'Eric, voici nos photos communes avec Christelle (si vous ne pouvez voir le diaporama voici le lien Flickr) :
Il y manque de chaque côté les cellules.
Il y en eu des cellules… approvisionnements.
Imaginez-vous à traîner un transpalette (manuelle) tout autour du 1er ou 2ème étage de cet immense magasin. De temps en temps, vous jetez un œil vers le puits de lumière pour voir s’il y encore de la vie en bas parmi les stocks de contre-plaqués ou de semelles de frein.
Les copains distributeurs et cariste « ramasse » la « route ». Il prépare les expéditions pour Cannes La Bocca, Oullins, Bischheim, Vitry, etc.
Sur les quais de chargement, hiver 84-85, il fait moins dix degrés toute une semaine, les gars de la manut décident d’arrêter le chargement des wagons, ils réclament des gants fourrés et des parkas qu’ils obtiendront.
Dans cet immense bâtiment non chauffé, il fait très froid quand il fait très froid dehors. Alors pour protéger les distributeurs ou les manutentionnaires, la direction dans sa grande mansuétude distribue les vieilles capotes d’occasion des contrôleurs. C’est bien bon pour des « quincailliers » !
Dans cette « prison » nous étions 320 en 1981-82, nos prédécesseurs furent jusqu’à 500 après la reconstruction du magasin détruit par les bombardements.
Ensuite les effectifs chutèrent non pas » liée à la fermeture inéluctable du site (devenu obsolète avec le temps) », mais en fonction des variations de la politique d’approvisionnement de la SNCF.
Jusqu’en 81-82, la courbe des effectifs remonta car la SNCF fermait d’autres magasins à Noisy-le-Sec, Villeneuve et centralisait aussi certains articles en provenance d’autres établissements.
Elle créa en 1981 une gestion informatisée des stocks et quelques années après elle décida de décentraliser les stocks dans les différents ateliers du matériel de la SNCF et elle passa des marchés avec des fournisseurs pour l’outillage et la visserie, et l’effectif chuta.
Mais la vie au Magasin Général, ce fut aussi la solidarité entre travailleurs, les grèves, les débrayages alliant les employés des bureaux, les magasiniers et les manutentionnaires. Ce fut aussi la grève de 86-87 (il n’y avait pas que les roulants en grève) et celle de 1995 où les travailleurs d’OMNIMANU sous-traitant seront partie prenante.
Cette histoire est notre histoire, avec un petit h.
En décembre 87, le Magasin général cessa d’exister en tant qu’établissement séparé. Il devint Secteur Approvisionnement de l’atelier du matériel de St Pierre et nous, notre sort fut ensuite lié aux ex-Cadoux.
En nov-déc 1995, nous tinrent notre place, toute notre place, dans la grève pour le retrait du plan Juppé qui s’attaquait aux retraites et à la Sécu.
Ensuite, la direction décida la fermeture du site et l’aménagement d’un nouveau magasin dans le bâtiment A de l’atelier du matériel devenu EIMM, Établissement Industriel du Maintenance du Matériel (11 rue des ateliers).
En fin en 2004, le directeur du Matériel Martin décida de changer de logiciel de gestion des stocks. A cette occasion il décida de louer une plate-forme logistique à Moissy Cramayel qu’il confia à une entreprise privée et dans laquelle le stockage de pièces détachées nécessaires à la maintenance des matériels fut de nouveau centralisé. Il tournait le dos au Magasin Général et au 110 travailleurs qui travaillaient encore aux appros à ce moment-là.
Quant à la reconversion du bâtiment, figurez-vous que nous avions des idées.
Nous aurions bien vu au 2ème étage des logements (on a une belle vue de là haut), accessibles en priorité aux anciens du Magasin Général (Et c’est là que je finirai ma vie Comme d’autres gars l’ont finie).
Au 1er étage, il y a la place pour une piste d’athlétisme couverte, nous l’avions testé, un bâtiment de 250 m de long et 50 de large !
Au rez-de-chaussée une patinoire, pas besoin de chauffer !
En 2006, nous n’avons pas dit au revoir au site car Radio Béton s’était bien gardé de nous inviter.