Cette carte postale envoyée par Eric trouble notre perception de l'agglomération telle que nous la connaissons. Nous sommes ici, dans les années 1920, en plein Saint Pierre des Corps. Cet endroit jonché d'habitations de fortune porte le nom de camp de Grasse.
Le Camp de Grasse :
Ce nom qui au premier instinct porte nos sens vers la côte d'Azur, n'a en fait rien à voir avec le soleil et le sud. Le camp de Grasse a une histoire moins poétique. Il fut créé par l'armée américaine pendant la Première Guerre Mondiale. C'était donc un camp de stationnement pour les soldats. Le camp fut nommé ainsi en hommage à l'Amiral de Grasse. (lien pdf)
Pourquoi un camp américain à Saint Pierre ?
Pendant la Première Guerre Mondiale, Tours devient à partir de 1917, le quartier général des 640 000 soldats des SOS de l'armée américaine (Service Of Supplies-services de soutien). Nous gardons en mémoire de cette période, le pont Wilson, nommé en l'honneur du président américain de cette époque ou encore le monument américain près de la bibliothèque.
L'installation du camp de casernement à Saint Pierre des Corps s'explique par l'importance (déjà) des installations ferroviaires sur la commune qui favorisaient le mouvement des troupes et du matériel. (sur ce lien, un livre entier, en anglais sur le camp en 1918-19)
Ce camp créé en avril 1918, était imposant, s'étirant sur 1 mile de long (environ 1,6 km) et a hébergé plusieurs milliers de soldats. Aux simples tentes de départ, se substituèrent rapidement de véritables baraquements en dur, des commerces, des quartiers de repos, de sport... Le camp devenant ainsi une ville dans la ville.
Il est resté dans les mémoires de "l'US Army" car pour la première fois dans l'histoire, dans ce camp, on pratiqua le recyclage du matériel militaire et des vêtements en provenance du front au sein des "salvage service", ateliers installés dans le camp de Grasse. A ce titre, des ouvrières et ouvriers tourangeaux furent embauchés pour ce service. On dénombre 5400 femmes et 1500 hommes employés par ces ateliers de recyclage. (source le magazine de la Touraine, n°104, Automne 2007).
Témoignant de son importance, la fille du président Wilson y est venue chanter pour les soldats. (lien)
Témoignant de son importance, la fille du président Wilson y est venue chanter pour les soldats. (lien)
En avril 1919, l'évacuation du camp de Grasse est décidé. Les derniers soldats partiront pendant l'été 1919.
Du Camp de Grasse à la cité Rimailho :
En 1919, le tissu économique repart. Les ateliers ferroviaires de Saint-Pierre reprennent leur activités de réparation. La concession des ateliers est confiée à la Compagnie Générale de construction et d'entretien du matériel de chemin de fer (CGCEM) dirigée par Emile Rimailho (lien wikipédia).
Mais en mai 1920, la grève éclate dans les ateliers et chez les cheminots de Saint-Pierre des Corps. La revendication d'alors étant la nationalisation des chemins de fer. Cette grève sera durement réprimée avec 2000 licenciés sur les installations de Tours-Saint Pierre. Les licenciés seront même placés sur des listes "interdits d'embauche". (lien vers l'histoire des ateliers de Saint Pierre)
Les ateliers CGCEM vont alors embaucher une nouvelle main d'oeuvre dont des ouvriers venant des pays de l'Est (russes, tchécoslovaques et surtout polonais). Rimailho va alors profiter d'une partie du terrain du camp de Grasse pour loger ces ouvriers étrangers. Le camp de Grasse prend dans le langage populaire le nom de cité Rimailho ou cité CGCEM. Sur le plan de Saint Pierre des Corps ci dessous, issu des archives belles-familiales (merci à Azo pour le scan) et que je date entre 1926 et 1936 (voir explications sous la carte) on trouve la trace de la cité CGCEM le long des voies ferrées (zone entourée en rouge).
* Ce plan peut être daté en 1926 et 1936. Il date d'après 1926, car les magasins généraux édifiés cette année là sont déjà construits (Nouveaux Magasin PO). J'estime la fourchette jusqu'en 1936 car cette année là, la gestion des ateliers est passée de la CGCEM à la C.I.M.T. (Compagnie
Industrielle de Matériel de Transport), or comme on le voit la cité s'appelle cité CGCEM.
Comme 85% de la ville de l'époque, le camp de Grasse disparaitra sous les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale. La reconstruction effacera les dernières traces de cette cité ouvrière et populaire, comme en témoigne le plan ci dessous de 1952 (Issu lui aussi des archives belles-familiales).
PS : Merci à Gaël pour l'aide dans la recherche des informations.
PS' : N'ayant pas eu le temps d'aller fouiner aux archives, si certains ont plus de précisions sur cette histoire ou ont des choses à corriger qu'ils n'hésitent pas à laisser des commentaires.
PS" : J'espère que ces deux plans raviront les corpopétrussiens blogueurs ou non ;-)






9 commentaires:
Merci pour vos articles historiques, j'y apprends toujours beaucoup de choses.
@Martine : merci à vous, pour ce plaisant commentaire
Vraiment un travail de fond impressionnant.
Merci Julien. Content que ce billet plaise
Très intéressant, je n'en savais rien !
Merci Guillaume.
Salut Matfanus,
Très beau billet. Beaucoup de travail... Il faudra que je revienne plusieurs fois sur ce billet tellement il est riche. Il te reste encore un camp américain à inventorier en Touraine... US GO HOME !
Merci Eric. Pour le deuxième, les archives sont plus nombreuses, ça sera plus simple ;-)
Merci du rappel. Les plans sont d'une grande richesse ! Grâce à ces derniers, la projection ds la reconstruction et le SPC d'après-guerre apportent de nouveaux éléments à notre compréhension. Bon dimanche à toi.
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