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dimanche 4 décembre 2011

Mame un patrimoine tourangeau [Partie 5]


Dossier : Mame un patrimoine tourangeau : 

Partie 1 : billet introductif 


Partie 2 : La naissance d’un empire industriel au XIXesiècle :


Partie 3 : Un modèle d'organisation sociale ?
 




Partie 5 : Mame au XXe siècle et aujourd'hui

Le prestige de Mame et sa réussite va connaitre un brusque coup d’arrêt en 1940. En effet, lors des bombardements de la ville par les allemands en juin 1940, l’usine est entièrement détruite. Les moyens de productions sont ainsi réduits à néant. L’entreprise va alors continuer de vivoter pendant la guerre (avec au passage des livres en l'honneur du régime de Vichy) en se réfugiant dans des ateliers prêtés par la SNCF. Ces bâtiments seront à leur tour détruits lors des bombardements alliés de 1944.

Après la guerre Alfred Mame (deuxième du nom) souhaite restaurer le prestige de l’entreprise. Pour y arriver, il profite de la disponibilité des terrains du Champ de Mars sur les bords de Loire (je reviendrai très prochainement dans un billet sur le Champ de Mars) pour faire édifier sur 3,5 ha sa nouvelle usine. C’est Bernard Zehrfuss, Grand Prix de Rome 1939, qui va réaliser ce projet entre 1950 et 1953. Le site est divisé en deux bâtiments avec la tour administrative et les ateliers recouverts de sheds d’aluminium préfabriqués (permettant à la lumière d’entrer continuellement dans les locaux). Véritable réussite le bâtiment reçoit le grand prix d’architecture industrielle de Milan en 1954. (Pour les détails sur ce bâtiment voir ce dossier pdf de la DRAC).

La dernière partie du XXe siècle, marque cependant la fin de Mame dans sa version historique. En effet, en proie à des difficultés, le groupe est repris en 1971 par la holding DMC. En 1975 la partie éditions de l’entreprise est même séparée de la partie imprimerie et revendue aux Editions de Tournai en Belgique. La partie imprimerie subira une longue agonie et sera revendue au groupe orléanais MCP, spécialiste dans la photocomposition. A cette occasion seuls 270 des 340 employés d'alors seront gardés dans l'entreprise. Finalement, Mame Imprimerie finira dans le giron du groupe Serge Laski qui la rachètera en 1986. 


La fin de Mame, vous l'avez vécu ces derniers mois. Placé en redressement judiciaire en Mars 2010, Mame va survivre pendant un an, vivant dans l'espoir d'un repreneur en la personne de Bruno Flocco, ex-directeur général du groupe Testu. Ce dernier se retirera du projet de rachat en juin scellant la fin de l'entreprise. Dans cette triste histoire seuls 26 emplois sur les 140 de Mame ont pu être sauvés grâce à la reprise de l'activité façonnage par les sociétés Façonnage du Maine et SA Jouve (qui avait racheté il y a quelques années MCP, ancien propriétaire de Mame). Ces 114 licenciements s'ajoutent aux 97 qui ont suivi la liquidation de Gibert Clarey quelques jours plus tôt.
Salariés Mame et Gibert Clarey devant le tribunal de commerce en Juin dernier (source Gaël)
Quel avenir pour le site Mame ?

Les bâtiments annexes ont déjà été détruits.
Racheté plusieurs millions d’euros par Tours Plus, le site Mame a connu des changements dès le mois de mars 2011 avec le déménagement de l’imprimerie sur Chambray. L’enjeu pour Tours Plus, qui a enregistré le projet de requalification au PLU voté l’an passé est d’y installer un pôle des arts graphiques et de l'Image. Sur ce lieu devraient s'implanter l’école des Beaux-arts, l’école Brassart et le département Histoire de l'art de l'université. Le projet s’insère également dans une pensée plus globale de dynamisation des alentours avec un programme mixte d'habitat et d'activités tertiaires.
Les travaux y ont déjà commencé avec la démolition des ateliers ajoutés dans les années 1960 et qui ne présentaient aucun intérêt architectural. A leur place, devraient s’élever des habitations et des bureaux.
Le projet de reconversion du site (Penser Tours et aquavit)

L'aventure Mame s'est donc achevée mais restera étroitement liée à celle de Tours. Une histoire qui fut celle d'une entreprise, fleuron de l'économie locale. Celle d'une famille qui su devenir au XIXe siècle une des grandes familles tourangelles et une des plus influentes de ce siècle en ayant un rôle majeur dans les direction des affaires de la ville. En effet, outre le côté industriel, les Mame se sont également illustrés en politique avec Ernest Mame qui fut notamment maire de Tours de 1849 à 1865, député de 1859 à 1869 et qui occupa également la fonction de président de la Chambre de commerce. Cette histoire fut également celle d'ouvriers qui contribuèrent à sa réussite.

On touche là à la particularité de l'histoire Mame. Celle-ci regroupant à la fois une histoire de la classe ouvrière, de l'économie et de l'élite tourangelle. Un triptyque dont témoignent aujourd’hui des traces urbaines avec la cité-ouvrière, les bâtiments du Boulevard Preuilly, mais également l’hôtel particulier des Mame, situé rue Emile Zola. 

En espérant que ce dossier vous aura autant intéressé que j'ai pris de plaisir à l'écrire, je referme cette série avec ces quelques cartes postales anciennes qu'Eric m'a gentiment fait parvenir :

6 commentaires:

Fred L. a dit…

Merci,j'ai appris beaucoup de choses que j'ignorais sur la riche histoire de Mame.

Matfanus a dit…

@Fred : Merci pour votre commentaire.

cath37 a dit…

Dossier très intéressant et instructif
Merci!

Matfanus a dit…

Merci Catherine.

Eric Caillé a dit…

Beau travail. Vous avez dû passer beaucoup de temps ! Ce serait pas mal un reportage sur la saga Lefroid... A bientôt.

Matfanus a dit…

Merci Eric. Les recherches et l'écriture ont pris un peu de temps, mais c'était très plaisant. Et ça m'a rappelé mes années d'études en Histoire ;-)

Je note votre suggestion pour Lefroid.

Merci pour le commentaire.

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