Il était environ 9h45 ce lundi matin là quand le bus Fil Bleu dans lequel je me trouvais me déposa Place Jean Jaurès. Comme tous les matins, les écouteurs sur les oreilles je m'étais laissé bercé, en remontant l'avenue Grammont, par les vibrations de la route. Cette fois-ci le chauffeur nous avait fait descendre un peu en amont de l'arrêt prévu, une petite centaine de mètres plus bas. Devant notre bus se trouvaient déjà plusieurs autres bus arrêtés, alignés les uns derrière les autres. Le chauffeur ne sachant pas ce qui se passait avait ouvert les portes pour ne pas nous faire perdre de temps. Je descendis donc du bus pour traverser à pied la place Jean Jaurès par son côté gauche afin de prendre la direction du boulevard Béranger. J'étais alors en fac d'histoire et j'avais un cours qui débutait à 10h sur le site Béranger de la fac, en bout du boulevard éponyme. Autour de moi, tout en marchant, je regardais les bus arrêtés, les chauffeurs qui discutaient entre eux et les passants qui regardaient je ne sais quoi. Pas très badaud par nature, je ne m'étais pas arrêté, ni cherché à savoir ce qui se passait. J'avais juste continuer mon chemin pour être à l'heure pour le début de mon cours. En arrivant sur le boulevard Béranger, il n'y avait pas de signe alarmant, ni foule, ni affolement, aucun cri, aucune panique.
Ce n'est qu'arrivé près du croisement du boulevard et de la rue Georges Sand, que j'ai vu que quelque chose de vraiment particulier se produisait. A cet endroit se trouvaient quelques personnes attroupées autour d'un policier. Ce dernier me demanda de ne pas poursuivre mon chemin sur le boulevard mais de passer par la rue George Sand puis Victor Hugo à cause d'un forcené. Sans me donner plus de précisions, il me demanda simplement de passer. Le forcené était-il un malfrat ? Un braqueur ? Venait-il en convoi au Palais de Justice voisin obligeant le blocage de la voirie ? Je n'en savais rien et avant de reprendre mon chemin, j'ai juste eu le temps d'appercevoir au loin à quelques dizaines de mètres un homme au sol. Etait-il blessé ? Avait-il fait un malaise ? Etait-ce le forcené ? Je n'en savais
non plus rien et me rendis vers la fac par la rue parallèle au boulevard. Ni affolé, ni
apeuré, juste intrigué par ce qui se passait.
Sans le savoir ce matin là, je me trouvais au mauvais endroit mais au bon moment. Certains n'avaient pas eu cette chance. Ils étaient passés par le même endroit mais quelques minutes plus tôt. L'homme que j'avais vu au sol avait été abattu et était mort. C'était un lundi, quatre personnes avaient perdu la vie lors de cette funeste matinée. C'était il y a dix ans...




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